saison 05-06

Jean-Luc Lagarce
Le 30 septembre 1995, Jean-Luc Lagarce meurt du sida. Il avait trente-huit ans. À l’époque, on connaissait surtout son travail de metteur en scène mais beaucoup moins l’écrivain de théâtre. Certes, grâce à Lucien et Micheline Attoun, plusieurs de ses pièces avaient été publiées en tapuscrits dans la collection de Théâtre ouvert, et mises en voix pour France-Culture. Quelques unes avaient été montées, en général par l’auteur lui-même. C’est aujourd’hui qu’on découvre réellement son écriture non sans le sentiment amer d’un rendez-vous manqué.
Il est né le 14 février 1957, dans un petit village de la Haute-Saône. Ses parents sont ouvriers chez Peugeot. Après son baccalauréat, il part à Besançon faire des études de philosophie. Il s’inscrit au conservatoire national de région où il rencontre Mireille Herbstmeyer avec qui il crée une compagnie amateur, le Théâtre de la Roulotte. C’est à ce moment-là que François Berreur croise leur chemin. C’est le début d’une amitié, d’un compagnonnage qui durera jusqu’à la mort de l’auteur. En 1981, la compagnie devient professionnelle. Même si l’on retrouve régulièrement, du moins dans les premiers spectacles, le petit noyau de fidèles, la Roulotte est un organisme vivant, évolutif, où les gens vont et viennent. Au fil des années, Jean-Luc Lagarce s’affirme comme un véritable chef de groupe : ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était la vie du théâtre. Il y trouvait une énergie. Il avait cet amour-là. Il monte Ionesco, Feydeau, Marivaux, Molière, Labiche… Il adapte Racine, Kafka, Crébillon fils, Jouhandeau, Swift… Un éclectisme révélateur de sa curiosité et de sa passion pour la littérature. Et puis de son plaisir à jouer avec les écrits, les mots des autres.
Par ailleurs, il était un auteur prolixe. Entre 1978 et 1995, il aura écrit plus d’une vingtaine de pièces, des récits, des essais, son journal. Contrairement au travail de mise en scène, immédiat et éphémère, pour lui, l’écriture impliquait nécessairement une certaine pérennité. C’était laisser une trace. C’était exister.
Tout s’enchevêtre, comme une espèce de puzzle, une espèce de monde global qui s’achève avec Le Pays lointain. Jean-Luc a appris qu’il était séropositif en 1986. Ce qui est étrange, c’est qu’il avait écrit Vagues souvenirs de l’année de la peste en 1982. À ce moment-là, on ne parlait pas encore du sida. Le mot n’existait même pas. Était-il en avance ? Était-ce de la prémonition ? Chacun voit ce qu’il veut. Ce qu’on peut dire, c’est que ses préoccupations artistiques ont rejoint son destin.
François Berreur

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J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne : 23, 24, 25 et 26 novembre
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