Édito


Longtemps je me suis empêché de rêver à des artistes associés dans la durée à la Comédie. Comment aurais-je pu y penser ? Pour bien recevoir, ne faut-il pas un chez-soi ? Convaincu pourtant de la nécessité de faire progresser notre projet, de lui insuffler une nouvelle énergie susceptible de créer entre nous des liens plus étroits, j’ai souhaité que la Comédie s’engage à présent auprès de deux artistes associés : Kaija Saariaho, compositrice, et Frank Micheletti, chorégraphe. Au fil des prochaines saisons, vous allez pouvoir vous familiariser avec leurs œuvres, leurs univers.
J’ai choisi des artistes pour qui j’ai la plus vive admiration, qui me semblent partager l’esprit et les enjeux de notre travail mais aussi porter d’autres visions, pour nous permettre d’accéder à de nouveaux plaisirs et enrichissements.
Kaija Saariaho, lumière du Nord, d’essence poétique, à l’œuvre foisonnante et prodigue de beauté. Frank Micheletti, lumière du Sud, pôle de transmission à la curiosité, la générosité infaillibles, inventeur d’aventures artistiques métissées. Deux figures importantes de la création contemporaine, artistes passionnants, personnalités attachantes et médiateurs engagés dans l’accessibilité de leur art au plus grand nombre. Vous en apprendrez plus sur eux dans les pages qui suivent mais surtout en leur accordant toute votre attention.
La fermeture de l’opéra nous a contraints, comme d’autres, à programmer presque uniquement à la maison de la culture et à resserrer le nombre de nos propositions. Il a fallu plus encore que d’habitude jongler, se débrouiller pour glisser dans le planning de cet établissement municipal notre programmation sans mettre en danger nos objectifs et leur évolution, tout en essayant de répondre au mieux à vos attentes. Ces conditions particulières m’ont poussé sans doute à aller à l’essentiel, à rechercher l’approfondissement de notre démarche.
Affirmer encore la présence à part égale de la danse et du théâtre, ainsi que notre soutien à la musique contemporaine. Revendiquer l’apport d’une génération de créateurs (30-40 ans), tout en prêtant une attention particulière aux talents émergents et aux grands maîtres.
Vous allez pouvoir découvrir une jeune équipe théâtrale menée par le comédien metteur en scène Rodolphe Dana avec deux grands auteurs : Jean-Luc Lagarce et Anton Tchekhov. En salle, Mauricio Celedon, un habitué du théâtre de rue. Retrouver Philippe Decouflé, Jean-François Sivadier, Carolyn Carlson, Emmanuel Demarcy-Mota, Pippo Delbono, Wajdi Mouawad, Jean-Claude Gallotta… Tous singuliers, possesseurs d’un style et d’un langage personnels, ils ont en commun cette envie d’être très concrets, proches et directs, d’affirmer la nécessité d’un échange d’homme à homme, d’acteur à spectateur, d’artiste à public. Ils nous incitent à chercher ce qui est en nous, à avoir envie, envie de voir, de comprendre, de savoir, d’écouter.
Nous nous associerons également à l’anniversaire du centre dramatique de Saint-Étienne (60 ans de décentralisation), avec notamment la possibilité de les rejoindre pour assister à la dernière création d’Ariane Mnouchkine qui, depuis 1964, règne sur le Théâtre du Soleil.
La culture que je défends ne nous regarde pas de haut, elle ne prétend intimider personne et nous accepte tels que nous sommes. Le spectacle n’est pas dans la salle mais bien sûr scène et en chacun de nous.
C’est presque une autre vie que nous proposent les artistes, où je souhaite que chacun trouve sa place avec l’infinie possibilité de s’émerveiller et de se réinventer hors des sentiers battus. Emparons-nous avec appétit de toutes ces expressions artistiques pour nourrir notre monde et luttons pour que ne s’évanouisse pas, à la sortie de la salle, notre communauté de rêves.
Jean-Marc Grangier