Pippo Delbono |
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En 2004, nous découvrions l’œuvre de Pippo Delbono, comédien, auteur et metteur en scène italien, avec trois spectacles : Barboni, Il Silenzio et Guerra. La saison suivante permit de mettre en regard sa toute première création, Il Tempo degli assassini, et Urlo qui venait d’être créé à Avignon.
C’est avec ses deux derniers spectacles – Questo buio feroce et Racconti di giugnio – que nous retrouvons cette saison celui qui parvient à mettre en scène l’universelle condition humaine dans un théâtre superbement populaire qui parle à tous et à chacun.
Après s’être formé à l’école du training de l’Odin Théâtre et avoir été fortement influencé par le travail de Pina Bausch, Pippo Delbono s’engage depuis vingt ans à explorer un théâtre de plus en plus essentiel, dépouillé et proche de la vie. Il se nourrit de rencontres multiples et atypiques, tant avec des comédiens, musiciens, artistes amateurs, qu’avec ceux pour qui l’art est une question de survie comme Nelson, clochard schizophrène, Gianluca, trisomique ou Bobo, sourd-muet interné plus de quarante ans en hôpital psychiatrique et devenu fidèle compagnon de scène. Auprès de ces rescapés de l’existence, au corps blessé par la vie, les ruptures, le handicap, Pippo Delbono a trouvé ce qu’en homme de théâtre il cherchait depuis toujours : une justesse, une sincérité du geste et une poésie unique. Un langage théâtral qui s’affirme comme expérience de vie, où les êtres sont là pour ce qu’ils sont. Beaux et dérisoires, humblement humains.
L’art de Pippo Delbono est tout entier affaire de corps et de présence. Entre la parade, la revue populaire et le théâtre dansé, ses pièces donnent à voir des tranches d’humanité brute, d’individualités tendres et abîmées qui saisissent le cœur. Font rire aussi, insolemment, du chaos des choses dans un théâtre lui-même chaos, réglé avec une infinie minutie en une succession de musiques, de danses, de fragments de textes et d’adresses au public, de scènes banales, sentimentales ou féroces. Un théâtre de la liberté qui ne se veut pas virtuose ou figé dans une beauté raffinée. Car là n’est pas la vie. Et lui, Pippo, le rescapé de tous les deuils, de toutes les maladies, n’a de cesse de l’étreindre avec ardeur, cette vie par laquelle il capte nos regards, aiguise nos sensibilités et éveille notre capacité à aimer. |
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