Notes de travail auprès des enfants autistes
de l’hôpital de jour d’Aix-en-provence et de Martigues (mai 2006)
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par Thierry Thieû Niang |
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L’atelier n’est pas une approche technique de l’art chorégraphique mais d’un travail de présence au corps ; un « corps à corps « avec la danse elle -même » pour accueillir le mouvement dans l’espace en relation avec d’autres corps, en un autre langage. Travailler les perceptions et les rapports à l’espace, à la lumière, aux sons, aux objets, aux partenaires. Recueillir les moindres gestes et mouvements de ce « peuple » que sont les enfants autistes pour révéler chez ces enfants le potentiel artistique d’une danse mystérieuse.
Proposer aux enfants et aux adultes en situation de handicap- d’empêchement – de questionner leur mouvement à travers les corps dansants dans l’espace : être dans le « corps » de sa propre danse, dans le ici et maintenant d’un lieu, d’un temps partagé.
Chercher encore avant le verbe les gestes pour nommer le passage : Plier, déplier, étirer, creuser, détacher, faire trace, empreinte, chemin, regard.
Faire corps pour faire sens et signe à la fois.
Laisser l’espace faire par hasard avec la lumière et le son, le volume et le poids, la géométrie et les couleurs. Observer le ici et maintenant des présences, des espaces entre les corps, le dedans et le dehors, les signes et les sens, ce qui arrive et échappe du mouvement.
Un corps c’est une singularité absolue de mouvement, de présence, de sens. Faire danser un autiste – en dansant avec lui, en le dansant – c’est chercher du dehors pour celui qui est en dedans. C’est permettre de saisir, de se saisir, de s’emparer du dehors à l’encontre du dedans.
Toucher et être touché : c’est la même action. Le même temps. Le dedans, c’est ce qui est à l’intérieur de soi mais c’est aussi peut être l’expérience du silence, de la tristesse ; de la douleur. Le dedans est dans le dehors entier et exposé. Il s’y manifeste ou pas. Quand rien ne vient de la parole, il vient toujours du corps. Un corps hors de lui- même. Ce corps est le lieu du surgissement et de l’échappement du sens.
C’est l’espace entre les corps qui m’aide à bouger, à danser. L’entre est le seul endroit où l’on peut se rencontrer. Dans cet « entre » je cherche à danser le dehors et le dedans : séparés et unis à la fois.
Je cherche à cet endroit la présence avant le sens ; c’est là aussi que j’accepte de décentrer – et de me décentrer - tous les axes – espace, temps et corps – pour inventer la relation. Une attente sans intention.
Un corps autre se joue et rejoue à travers le mien, il le traverse, le mobilise, l’agite ou le calme. Je suis ce corps qui vient et danse à sa place – la place de l’autre. Travail sous forme de stage, de session de travail autour de thématiques diverses : Espaces, objets, matières papier, plastique, eau, tissu, bois, métal…
Le travail s’opère en solo, duo, en groupe, tous ensemble. Importance du travail de la mise en relation, du partage d’espace et de temps. Aborder le mouvement par l’espace et par ce qui existe.
Laisser l’espace prendre l’initiative, encourager, renforcer l’espace du partenaire plutôt que le partenaire lui- même. Ne pas prendre des directions mais se laisser traverser par des directions.
Faire confiance à l’espace. Poser son regard et regarder, voir pour ne pas tout développer. Prendre juste conscience de ce qui existe pour soi et travailler avec cela. Il s’agit pour ces publics d’une rencontre, un mouvement qui se chercherait au – dedans pour se vivre au – dehors. Travailler la notion d’écart, d’irrégularité du corps, du langage ; mettre en relation le geste, la parole, le son comme une présence à soi.
De la présence et de l’émergence de sens.
Ci- joint quatre temps, quatre paroles de travail auprès d’enfants.
C. la contemplatrice.
La lenteur. Le dedans et le dehors. L’ironie et la rêverie.
Elle, c’est C.
Sa bouche est collée à la fenêtre.
Etre dedans, là dans l’espace et en même temps donner à voir, à toucher le dehors :
Le jardin, le ciel à l’orage.
Un fauteuil en mousse colorée est le lien, le lieu de la rencontre.
On y cache une main, un pied ; on le fait basculer. On y bascule.
Toujours son regard va de l’extérieur, loin, proche.
Une distance pour voir, observer et se regarder.
Elle ne me regarde pas vraiment et jamais de face.
C. bouge doucement et ensemble après vingt minutes, nous passons de la position assise à celle de debout. Nous occupons à peine un tiers de l’espace jusqu’au moment où je fais glisser le fauteuil de l’autre côté de la pièce. Quand je lui propose le bras, lui propose ma main, elle attrape, agrippe, elle tient. Elle saute sur place à pieds joints, s’allonge sur le ventre, se hisse sur les bras comme un sphinx . Je pose une jambe sur son dos, me retourne et c’est ma tête qui donne le poids. C’est elle qui me reçoit.
C. pose sa tête au sol et j’entends sa respiration. Trois à quatre fois, elle retourne à la fenêtre et pose sa bouche sur la vitre froide et dépose ce souffle comme une signature. Son prénom. Le jeu des regards est là ; de l’étonnement puis celui des reconnaissances. Un espace partagé et un réel plaisir d’être là.
C. reconnaît. La danse se passe au centre, quelquefois contre un mur ou une fenêtre. Et moi.
C. regarde souvent de biais, loin et quand mes propres mouvements sont en déséquilibre, en chute, elle ose un vrai regard. Elle est très calme, silencieuse comme ailleurs. Elle observe l’espace de dehors à travers les fenêtres. Je danse. Elle regarde. Quelquefois elle se laisse guider sans résistance et me suit et rit et « danse ». Elle est ma première partenaire de ce travail chaque mardi. L’espace devient large, devient plein. Elle va d’un bord à l’autre osant traverser l’espace en son centre. Elle initie l’espace par le rythme, les moments répétés où elle saute sur place. Il y a aussi ces moments où elle cherche le contact, la rencontre, qu’elle vient prendre mes mains, propose des appuis contre elle ou moi, contre la fenêtre ou la porte.
Elle accepte aujourd’hui que je la soulève. Elle me regarde dans un arrêt, dans un silence. Les portés deviennent plus rapides, plus risqués. Je sens ses appuis, ses mains et ses jambes me tenir, me saisir. La répartition du poids est juste.
Quelquefois elle me laisse danser seul et longtemps.
C. pleure. Elle est mal réveillée, n’a pas déjeuné et ses longs cheveux emmêlés sont difficiles à brosser. Elle n’est pas contente et c’est dans cette humeur que nous commençons à travailler et à danser. Ici et maintenant.
C. pleure beaucoup. Je la laisse pleurer. Je danse seul encore. Pendant dix minutes, elle m’observe, me regarde m’étirer au sol. Elle s’approche et tout à coup elle court à la fenêtre et pose son visage sur la vitre : elle touche le dehors. Pourtant elle ne me perd pas de vue. Je sais qu’elle m’observe, me regarde, m’entend. Elle me rejoint et ose un échange de poids dans une étreinte. Son ventre contre mon dos où elle s’appuie, s’allonge et se laisse porter. D’un coup, elle s’arrête, se décoiffe, prend une mèche de cheveux dans sa bouche et retourne regarder par la fenêtre. Je l’y rejoins et fais basculer à ses pieds le fauteuil en mousse entraînant notre chute et les roulades qui vont avec. C. rit quand je lui dis que le travail est fini et qu’elle peut mettre ses chaussures.
C. observe de plus en plus, elle écoute, regarde et comprend la nature de la rencontre, le lieu de la danse, le temps du duo.
C. arrive en retard ou encore très vite. Elle me regarde, se glisse contre moi pour enlever ses chaussures ; En musique je lui masse les mains, les pieds, le dos. Elle se laisse faire et rit.. Je pose à mon tour mes pieds dans ses mains, sur ses cuisses et ses épaules. Je pose ma tête sur son dos et donne du poids, un élan pour entrer dans la danse. Le duo s’installe, s’organise entre passages au sol, déplacements en sautillant. Je propose des étreintes devenant des portés.
C. se pose et s’accroche, ose donner son poids et passe de la verticalité au sol en acceptant la chute, le déséquilibre. Durant cette séance C. ne va pas à la fenêtre et j’entends pour la première fois sa voix : de petits cris de joie. Son temps de travail est raccourci. Du retard dans son emploi du temps. Le travail est doux, calme. Elle se laisse danser. Elle est complice. Elle propose des élans et des sauts imitant même ceux que je propose. Les portés sont accueillis avec de petits cris ; les appuis et les étreintes sont toujours très justes. Le travail sur le poids, la pesée du mouvement est sensible. Je ne sais pas ce qui fait que cela arrive. Il arrive toujours quelque chose.
D’elle. De moi. De l’espace.
L.. Le scientifique.
Le chercheur. Le détail et le fragment. Le temps.
Lui, c’est L. Dès son entrée, il va vers la musique, ouvre le boîtier, me tend le disque et me montre son genou qui apparaît derrière le pantalon déchiré. Je me mets à quatre pattes, en appui. Il monte directement sur mon dos. Je fais quelques pas, m’immobilise, me déploie sur trois appuis seulement. Il serre fort mes épaules et se tend. Je roule sur le dos, l’entraîne dans la chute.
L. rit.
Souvent pour redonner du rythme, je glisse et roule vite au sol. L. roule aussi très vite jusqu’à s’arrêter au bord du mur. Il aime à se déplacer à quatre pattes, sur les pieds et les mains. Si je m’allonge sur le dos, il s’assoit sur mon ventre et cache mes yeux avec ses mains. Je fais comme lui et il est surpris. Il me regarde attentivement puis me sourit. Son mouvement est riche et ludique. Généreux. Les arrêts et les suspensions dans le mouvement sont inattendus, brefs mais si précis. Je reste très concentré, présent à l’ici et maintenant de L. afin de bien lire ses propositions et la musicalité de sa danse.
L. trouve une petite araignée. Il la ramasse et la fait glisser entre ses doigts, sur son bras. Il me la donne. Je change de place, il me rejoint, reprend l’araignée et va la déposer à l’endroit où il l’a trouvée. Nous répétons plusieurs fois ce jeu. Soudain, il s’arrête.
Il ouvre trois doigts de la main gauche, cligne un oeil et de l’autre main invente une lunette faite de ces doigts serrés pour regarder l’autre main ouverte comme un soleil inventé. Je reprends, moi aussi deux à trois fois cette forme avec mes doigts. Pour finir le travail, nous nous faisons face, on se prend les mains, on lève un pied comme pour expérimenter un équilibre. Avec lui le regard est là non pas pour voir mais aussi pour écouter.
A la fin de la séance, nous portons l’araignée dehors dans le jardin.
L’araignée. Aujourd’hui c’est une coccinelle. Une « sale » bête, comme dit L. Toute la séance, il ramasse des petites poussières qu’il nomme soit coccinelle, soit sale bête.
Il vient me donner son butin au creux de la main. Je danse avec sa proposition et quelquefois la « chose » tombe et L. vient vite la ramasser. Seulement une seule fois L. accepte le temps dansé. Mais la relation est active, dynamique : reprise des roulades, des courses et des sauts. L. continue à ramasser vrais ou faux insectes qu’il m’apporte pour que je danse avec ceux-ci. Prétextes au mouvement, à la relation, à « l’ entre ». Plus tard il repère ma veste et un nouveau jeu s’invente. La veste est jetée et rattrapée. On s’y enroule et se cache le visage. On la fait glisser au sol ou on la jette en l’air. Chaque objet, chaque élément visible et invisible devient un support à la danse, à la relation. Une forme de troc, d’échange permettant l’un et l’autre, de s’organiser, d’inventer, de devenir. Je note une nouvelle façon de marcher, sur la pointe des pieds, les cuisses serrées. Souvent il parle et commente. J’entends les mots : coccinelle, sale bête et danse.
Lui aussi, quand je le remercie du travail, cherche ses chaussures et son manteau. Je lui demande aussi d’éteindre la musique. L. fait tout cela très sérieusement. Il vient contre moi comme pour me pour dire au revoir.
Je pense que le toucher, c’est ce qui fait passer le dedans vers dehors ; c’est ce qui assure la circulation, le mouvement. Les sens sont de vraies modalités d’être. L’être soi : être dehors, au-dehors, être exposé ou étendu. Etre le « là ».
Aujourd’hui, la danse est inventive autour de la veste. Peu de stéréotypies, pas de poussières récoltées. L. est inventif, ludique et très concentré quand il me regarde danser. Il n’y a plus de précipitation mais une réelle concentration et observation de l’espace et de mon mouvement. De ma danse.
Il y a trois directions d’espace, trois points d’orientation pour notre mouvement commun : Le rideau qui cache le miroir, l’espalier de bois sur lequel nous grimpons et effectuons des figures acrobatiques et le centre de la pièce où des contacts et des portés s’inventent. Des glissés. Des étreintes.
N. Comme un paysan et un philosophe en même temps.
Hier et aujourd’hui. Le ciel et la terre. La beauté de la gravité.
Celui-ci, il s’appelle N. Un prénom comme une fête. Je regarde son visage, son front, ses yeux. Je le trouve grand. Il crie. Des petits cris, des rires. Je l’invite à enlever sa chaussure, puis l’autre. Ici aussi je ne parle pas. Je ne dis rien. Je suis là juste dans le mouvement. Lui aussi aime à grimper sur mon dos, s’asseoir sur mon ventre. Les rencontres deviennent rapidement acrobatiques ; les appuis sont forts, sûrs. Ses cris et ses rires disent la confiance et le plaisir qui vient avec. N. est complètement dans le plaisir.
Je propose beaucoup d’espace, de course et de chutes au sol.
Quand je m’immobilise et m’allonge au sol, il vient près de moi. Souvent il veut m’embrasser. Il s’installe entre mes bras, se tait et me regarde longtemps, fixement.
Son regard remplit l’espace et me bouleverse. C’est en moi et par moi qu’il pose le centre des choses et de lui - même. Le corps, c’est par là où le sens s’échappe. C’est le renvoi à l’autre.
Les sauts et les portés surgissent dans l’improvisation. Quand je m’immobilise et me penche en avant, il vient pousser mon dos vers le bas ; je m’assois ou m’allonge et il vient contre moi. Je trouve qu’il crie beaucoup moins et que nous nous regardons beaucoup plus.
Un jour, il arrive nerveux, énervé, en pleurs. Il prononce un son, un mot qui dit : partir. Je danse pour lui. Il va souvent s’asseoir sur le fauteuil en mousse pour me regarder danser en souriant et s’étonnant de mes sauts. Il vient pour que je le prenne dans mes bras. Il crie fort. Quelquefois je le trouve si grave et si triste. Sa gravité imprime au travail un temps dramatique différent.
À chaque séance N. me reconnaît, me serre contre lui et m’indique les disques à écouter. La danse est fusionnelle, à fleur de peau, en contact pour tout à coup éclater dans l’espace. Lui en périphérie, moi au centre, en élan. S’il crie et rit fort, c’est pour nommer, parler ce qui est en train de se danser. Il me rejoint vite, en courant, en sautant. J’aime son regard, sa confiance dans les contacts. Il sait que je suis là. Maintenant comme moi, il enlève ses chaussettes pour danser. Il pose son pied nu sur le mien.
Aujourd’hui, je le trouve grandi. Hier, il a eu un petit frère, me dit-on. Je le félicite, lui parle. Il me regarde pour écouter. Toujours sa soudaine gravité et son silence qui va avec me bouleversent. Il dit « petit » pour petit frère, sans doute. Il s’élance et danse, et c’est moi qui le rejoins. Nos états de corps donnent un état de lieu : Un lieu de la rencontre, d’une évidence et d’un plaisir à bouger ensemble.
Le langage est devenu mouvement et il n’est plus question de savoir de quel langage il s’agit mais de prolonger et privilégier la relation, le toucher, le lien. J’apprends que je danse le dehors pour ceux qui restent au-dedans.
L’équipe dit qu’il est question de poésie. Une infirmière pleure et dit que c’est beau de nous voir danser. Je mets de la musique pour qu’on arrête de parler, d’interpréter. Une musique de fanfare donne à cet instant encore plus d’intensité et de joie.
S. L’accompagnateur. L’ami. L’étonné. Le visage. En grec, visage veut dire : Celui qui avance.
À notre première rencontre, ses mains frappent sa bouche, les murs. Je dépose des papiers colorés au sol comme une mosaïque arabe. Je mets aussi une musique. Il se bouche les oreilles et se réfugie contre les murs. Les angles de la pièce. Les mouvements amples et rapides l’effrayent, lui font peur. Il fait des allers-retours dans la pièce, d’un mur à l’autre sans jamais passer par le centre. Quelquefois il prend ma main tendue, touche mon buste ou mon dos. Il pleure et ramasse tous les papiers qu’il donne à l’infirmier.
S. ne va pas au sol, a peur de l’espace déployé, de l’envol et du saut. La danse l’attire, lui fait oser l’espace. Il rit et tourne sur place, fait danser ses doigts et ses mains. Il repère mes chaussures posées et plusieurs fois va se poser dessus comme pour attendre. Comme pour toucher.
S. est très nerveux, très actif. Plusieurs fois il frappe mon torse et en réponse à ce geste, je me laisse tomber en arrière.
Il tourne autour de moi, il crie. Il ramasse une couverture, s’y assoit et frappe sa tête. Il pleure. Je ne sais plus très bien. Je sais que c’est autre chose, en dehors de la danse, de lui et de nous qui le fait pleurer. Quelque chose qui arrête le temps : le lieu de l’être ensemble. Le mouvement de soi à soi c’est déjà un pas du monde.
Un autre jour, à peine entré, il enlève ses chaussures et vient me toucher. Je commence à danser. Les mouvements rapides l’effrayent ainsi que les glissades au sol. A chacune de mes immobilités S. s’approche, vient me toucher le ventre ou frapper mon dos. Si j’essaye de répondre à ses contacts, il s’enfuit en riant et en criant. Il ne va jamais au sol s’asseoir ou s’allonger et il est impossible de le porter, d’attraper un de ses bras.
Aujourd’hui, c’est lui qui me donne sa main, qui me pousse dans l’espace. Notre complicité est évidente et très différente des autres enfants. La plus mystérieuse. S. prend de plus en plus d’initiatives, propose des élans, prend ma main, rit et frappe des mains. Il saute sur lui-même et continue à se frapper le visage de temps en temps. Il refuse toujours que je le porte.
J’essaye, un jour, en l’attrapant vite de le porter. Il crie et me regarde fixement. Je le repose, il court contre le mur. Puis d’un coup, il le quitte et me retrouve au centre de l’espace en souriant. Le corps se détend, se déplie. Il utilise les bras, touche son dos pour tourner sur lui-même. Il s’approche et soulève ma chemise pour toucher le dos nu ou le bas du pantalon pour toucher la jambe. Quand je vais trop vite il court se cacher près de l’infirmier.
Je dis merci. Il touche ma joue pour dire au revoir. Je l’aide à remettre ses chaussures en l’asseyant pour la première fois sur mes genoux. Je m’allonge, le tire vers moi, pose mes mains derrière sa tête. Il s’agite puis tout à coup s’immobilise, se pose. Il repose sur moi, son dos contre mon ventre, sa tête dans mes mains. Je sens sa respiration tranquille.
Je dis que le temps du travail s’accomplit et que chaque duo me bouleverse et me grandit. Cela fait maintenant un an que nous sommes ensemble, ainsi, à deux et à plusieurs. Chacune des rencontres enrichit jusqu’à la danse elle-même et les évènements de ma vie qui vont avec.
Je pense faire danser ces enfants ensemble, un jour, par deux, trois, quatre, Enfin, qu’ils se rencontrent dans le mouvement dansé.
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