Éloge d'Israel Galván
A un moment où la danse flamenco se débattait entre le rance et le nouveau, arrive Israel Galván, qui se refuse à choisir une fraction.
« C’est le plus vieux des jeunes danseurs », dit de lui Enrique Morente. Et c’est la verité. Parce qu’Israel connaît autant les tangos d’El Titi de Triana qu’il devine un geste flamenco dans la danse butô.
Face à un panorama qui se limitait à deux voies, le cannon inventé et l’affectation moderne, Israel défait le chemin rebattu. Face à qui souhaite maintenir un status quo classique et canonique, il retourne la canon pour nous offrir un flamenco « conceptiste » et baroque. Face à qui indroduit des idiotismes de la danse moderne en usant seulement de matériaux qui, jusqu’à il y a peu, étaient des outils exclusifs du flamenco. Israel part de la reconnaissance. Les alegrías de Mario Maya ou la soleá d’El Farruco, ses pas, ses quiebros (inflexions du corps), sa musique, voilà le matériel qui doit être compris pour redessiner un flamenco nouveau.
Israel ne trompe personne en simulant une vie de danseur dans une chanson de Mecano. Qui peut se douter que pour Israel Galván, un film de Stanley Kubrick est plus important qu’un pas de Nacho Duato. Israel Galván apprend plus de la danse en assistant à une partie de football avec Manuel Soler que dans une académie moderne.
Je peux rendre compte du fait que le danseur, qui admire Dali, connaît les secrets de la méthode paranoïaque critique : quand il a monté la mort de Gregorio Samsa dans La Metamorfosis, il a décidé d’incorporer la chorégraphie de la mort du cygne de la Pavlova à la danse de la seguiriya-martinete du final, sans savoir que quatre-vingt ans plus tôt Vicente Escudero avait eu exactement la même inspiration pour monter la première seguiriya dansée. Israel lit la vie de Felix El Loco (le fou), source d’inspiration de sa chorégraphie Los Zapatos Rojos et danse une farruca qui ôte à la création de Massine les éléments étrangers au flamenco qu’elle recelait.
Personne ne doute qu’Israel Galván est le danseur des danseurs, vu la fréquence avec laquelle ceux-ci se mêlent à son public.
Personne ne doute qu’il est le favori des chanteurs pour son compás (sens du rythme), vu comment ces derniers exigent de lui qu’il rende compatible bulerías et tangos avec ses expériences modernes.
Personne ne doute que le flamenco de ses dernières années serait différent sans le passage d’Israel Galván.
Pedro G. Romero |
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