Premier volet de la trilogie Sad Face|Happy Face, La Chambre d’Isabella est devenue, depuis sa création en 2004, une pièce culte. Le metteur en scène lui-même, Jan Lauwers, ouvre le spectacle : cette œuvre est née peu après la mort de son père, anthropologue amateur qui a rassemblé une prodigieuse collection d’objets ethnologiques. Sur scène, entourée de ces objets, tel un invraisemblable cabinet de curiosités, Isabella, âgée de quatre-vingt-quatorze ans et aveugle, nous raconte une histoire de la passion humaine : sa vie, tumultueuse et fantasque au cœur des tragédies du xxe siècle, et les êtres chers qui l’ont peuplée. C’est ce cortège d’amours et de morts, ce désir fou et assumé de ne pas en finir quand l’Histoire, elle, a commencé de sombrer avec Hiroshima, cette jouissance sans fard, que nous voyons sur le plateau, portés par huit acteurs, tout à la fois danseurs et chanteurs, autour de la fabuleuse Viviane De Muynck, comédienne hors du commun osant toutes les outrances. Dans une tragicomédie musicale épique et d’une folle exubérance, ils jouent et chantent leurs propres compositions, transmettant comme rarement l’énergie d’une joie irrépressible.